Double Fente Éditions
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Les chutes.

On avait gardé le son.

Trois scènes. Une voix. Quelques mauvaises habitudes. Les textes sont ceux des romans, mot pour mot.

Emporter les trois cassettes

Chaque cassette contient le MP3, le passage original et la couverture.

JOURNALISTE(s)

La caméra va bien

1:17 · Extrait du roman
Couverture de JOURNALISTE(s)
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Extrait de l’édition (dé)augmentée, annoncée fin 2026.

Le texte, mot pour mot

2014 est une année noire pour la liberté de la presse. Soixante-six journalistes ont été tués dans l’exercice de leur métier. Cent dix-neuf ont été enlevés. Quarante sont toujours retenus en otage.

À Saint-Bonnet-le-Froid, en Haute-Loire, la situation est moins grave. Il neige.

— Putain, c’est pas passé loin ! LOL mon bichon.

Brice est allongé dans la neige, la caméra toujours accrochée à l’épaule. Il vient de glisser en reculant pour élargir son cadre.

Gaëlle se précipite.

— La caméra a rien ?

Brice relève la tête.

— Moi ça va aussi, merci.

— Putain, le chasse-neige ! Relève-toi bordel !

Un chasse-neige débouche au bout de la rue. Ses chaînes claquent sur la chaussée et sa lame pousse devant elle une vague de neige sale.

Brice se redresse, cale la caméra contre son épaule et déclenche.

Réflexe professionnel.

On peut tomber, se casser une jambe ou mourir, mais tant que la caméra fonctionne, la hiérarchie des priorités demeure assez claire.

— Tu me reparles encore une fois comme ça et je te fais bouffer tes dents.

Gaëlle regarde l’écran de contrôle.

— No stress man. T’es complètement nécrosé. Il dit quoi, ton psy ?

— Si j’étais nécrosé, je serais pas là devant toi, abrutie.

— Bon. T’as eu le chasse-neige ?

— Oui.

— Alors on s’en fout.

JOURNALISTE(s)

Le témoin et la pelle

0:57 · Extrait du roman
Couverture de JOURNALISTE(s)
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Extrait de l’édition (dé)augmentée, annoncée fin 2026.

Le texte, mot pour mot

L’homme les regarde approcher avec cette légère inquiétude que provoque généralement l’arrivée d’une caméra de télévision devant son domicile.

— Bonjour monsieur. TF1, bureau de Lyon. On fait un reportage sur la neige tombée cette nuit.

Elle regarde son entrée parfaitement dégagée.

— Vous avez déneigé ?

— Oui. Ce matin.

Mauvaise réponse.

— Vous avez encore votre pelle ?

— Oui.

Meilleure réponse.

Une pelle est posée contre le mur de la maison.

Gaëlle la saisit.

— Super. Si vous pouviez juste nous montrer comment vous faites.

L’homme hésite.

— Mais j’ai déjà fini.

— Aucun problème. Vous remettez juste deux ou trois coups là où il reste de la neige.

Elle lui tend la pelle.

— Ça passe quand ?

— Aujourd’hui.

— À quelle heure ?

— À treize heures.

L’homme regarde sa montre.

— Mais il est presque onze heures.

— C’est pour ça qu’on va faire vite.

Il prend la pelle. Le reportage peut commencer.

RÉVERSIBLE

J’ai improvisé comme un pro

1:42 · Extrait du roman
Couverture de RÉVERSIBLE
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Extrait des premières pages du roman.

Le texte, mot pour mot

Jean-Marie achève son intervention avec un rictus satisfait, la tête dépassant de plusieurs centimètres du cadre. Je pourrais encore tenter de le recentrer, mais il est trop tard. Il paraît convaincu d’avoir accompli un grand moment de télévision. L’univers a parfois une manière assez perverse de rappeler que certains efforts sont inutiles.

À quoi bon sauver un scorpion du feu s’il vous pique aussitôt ?

— Alors ? T’as vu comme j’ai assuré ?

Il arrache son oreillette avec un soupir théâtral.

— Ça n’a pas été facile. J’entendais rien et je voyais que dalle avec ces lunettes de soleil. Je sais pas quel idiot a eu l’idée de me les donner… Enfin, les directs, c’est mon dada. J’ai improvisé comme un pro.

Il me tend son micro et une boule de papier froissée.

— Tu jetteras ça à la poubelle, hein ? Pas le micro… le papier !

Je prends le tout sans répondre.

— Martine m’avait prévenu que c’était ton premier direct. Elle m’a demandé d’être indulgent. Et je l’ai vu, hein. T’étais nerveux. La caméra bougeait dans tous les sens. Heureusement que, de mon côté, j’ai gardé le contrôle. Comme d’habitude.

Son rire s’éteint dans un silence embarrassé. Puis il hausse les épaules.

— J’ai faim. Allez, salut, ciao, bye !

Il tourne les talons et traverse la terrasse d’une démarche rapide, désordonnée. L’oreillette pend encore dans son dos, ballottée au bout de son fil. Il ne se retourne pas. Pour lui, le direct est terminé. La scène n’existe déjà plus.

Je reste seul, les bras chargés de matériel, à regarder le vide qu’il laisse derrière lui. Puis je déplie la feuille. Une dépêche de l’AFP. Je la parcours lentement.

Mot pour mot, elle reproduit ce que Jean-Marie vient de réciter à l’antenne. Pas une improvisation. Pas une analyse. Je froisse le papier entre mes doigts.

Textes : Michaël Clément. Voix synthétique et création sonore avec ElevenLabs. Écoute au clic, sans lecture automatique.

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