JOURNALISTE(s)
La caméra va bien
1:17 · Extrait du roman
Extrait de l’édition (dé)augmentée, annoncée fin 2026.
Le texte, mot pour mot
2014 est une année noire pour la liberté de la presse. Soixante-six journalistes ont été tués dans l’exercice de leur métier. Cent dix-neuf ont été enlevés. Quarante sont toujours retenus en otage.
À Saint-Bonnet-le-Froid, en Haute-Loire, la situation est moins grave. Il neige.
— Putain, c’est pas passé loin ! LOL mon bichon.
Brice est allongé dans la neige, la caméra toujours accrochée à l’épaule. Il vient de glisser en reculant pour élargir son cadre.
Gaëlle se précipite.
— La caméra a rien ?
Brice relève la tête.
— Moi ça va aussi, merci.
— Putain, le chasse-neige ! Relève-toi bordel !
Un chasse-neige débouche au bout de la rue. Ses chaînes claquent sur la chaussée et sa lame pousse devant elle une vague de neige sale.
Brice se redresse, cale la caméra contre son épaule et déclenche.
Réflexe professionnel.
On peut tomber, se casser une jambe ou mourir, mais tant que la caméra fonctionne, la hiérarchie des priorités demeure assez claire.
— Tu me reparles encore une fois comme ça et je te fais bouffer tes dents.
Gaëlle regarde l’écran de contrôle.
— No stress man. T’es complètement nécrosé. Il dit quoi, ton psy ?
— Si j’étais nécrosé, je serais pas là devant toi, abrutie.
— Bon. T’as eu le chasse-neige ?
— Oui.
— Alors on s’en fout.
